Depuis quelques mois, une vague de «révisionnisme mémoriel» traverse notre pays.

Et notre cher Périgord n'y échappe pas. Sous couvert de morale contemporaine, certains s’érigent en juges du passé, réclamant à cor et à cri le déboulonnage des statues du Maréchal Bugeaud. Au Parti Radical de Gauche, nous nous opposons fermement à cette volonté de faire table rase de notre histoire

Vouloir effacer Bugeaud de l’espace public, c'est commettre une erreur historique et politique majeure. L’Histoire n’est pas un tribunal où l’on rejugerait les morts avec les valeurs du XXIe siècle. Elle est un bloc. Bugeaud, figure périgourdine complexe, appartient à notre passé, avec ses zones d’ombre, certes, mais aussi avec son rôle dans la construction d’une époque.

Déboulonner une statue n’effacera jamais les pages de la colonisation. Au contraire, cela nous prive de l’opportunité d’expliquer, de comprendre et d’enseigner la complexité de notre construction nationale. La République ne doit pas avoir peur de son passé ; elle doit l'assumer pour mieux le dépasser.

Ce qui nous interpelle, c'est l'incohérence de ces censeurs de mémoire. Si le critère de maintien d'un monument est la pureté morale ou l'humanisme absolu, pourquoi s'arrêter à Bugeaud ?

Pourquoi ne pas demander, avec la même ferveur, de débaptiser toutes les rues Adolphe Thiers ? Lui, le "fusilleur de la Commune", qui fit massacrer des milliers d'ouvriers parisiens en 1871. Pourquoi ne pas s'attaquer aux noms de ces généraux de la Grande Guerre, ces stratèges de salon qui, de 1914 à 1918, envoyèrent par vagues successives des dizaines de milliers de nos "Poilus" à une mort certaine et stérile dans des offensives absurdes ?

Ces hommes ont sacrifié la jeunesse de France sur l'autel d'une gloire vaine et de tactiques dépassées. Pourtant, leurs noms ornent encore nos places sans que cela n’émeuve les pourfendeurs de Bugeaud. Cette indignation à géométrie variable prouve que le combat actuel est plus idéologique qu’historique.

Le PRG de la Dordogne défend une République qui instruit plutôt qu'une République qui détruit. Nous préférons l’apposition de plaques explicatives, le travail pédagogique et la force du débat démocratique au burin des iconoclastes.

Plutôt que de déboulonner, occupons-nous de bâtir l'avenir. Honorons ceux qui, aujourd'hui, font vivre les valeurs de Liberté, d'Égalité et de Fraternité. Mais ne laissons pas la "cancel culture" dicter sa loi sur nos places de villages.

L’histoire de la Dordogne, comme celle de la France, est faite de grandeurs et de tragédies. C’est en les regardant en face, sans cacher nos statues, que nous resterons un peuple libre et lucide.


François Peyrouny Secrétaire Général du PRG 24